[Avis] La colline aux coquelicots (Ghibli)

[Avis] La colline aux coquelicots (Ghibli)

Dernier né des studios Ghili, « La colline aux coquelicots » pourrait apparaître comme une délicate transition entre Hayao Miyazaki, qui aura été le créateur de nombreux succès ces trente dernières années, et celui dont on attend beaucoup en la personne de Gorō Miyazaki, son fils. Lorsqu’on sait que ces deux là s’adressent difficilement la parole depuis déjà quelques années, ce projet s’annonçait comme un véritable baptême du feu pour les équipes du studio d’animation mythique japonais…

La colline aux coquelicots

 

Transition fragile chez Ghibli : de l’utilité de se heurter au Maître ?

Qu’on le veuille ou non, personne n’est immortel, même chez Ghibli. Si Hayao Miyazaki est encore un jeune senior hyperactif, il devra tôt ou tard passer le flambeau. Il ne fait pas l’ombre d’un doute selon moi que l’avenir des studios Ghibli reposera sur les épaules de Gorō Miyazaki.

Si arriver à accoucher d’un film d’animation rivalisant avec les multiples chefs-d’œuvre de son génie de père (empreints de magie et de féérie) semblent absolument utopique dans l’immédiat, Miyazaki junior se devra d’insuffler un nouveau souffle aux futures productions pour continuer à émerveiller les spectateurs. Après avoir côtoyé le co-fondateur de Ghibli depuis de nombreuses années, il n’y a aucune raison de douter des compétences de chef d’orchestre de Gorō. En revanche, au fil des années, arrivera t’il à développer le même sens artistique que son père ? Rien n’est moins sûr…

Flashback sur la genèse du projet « La colline aux coquelicots »

Après la sortie en salle de « Ponyo sur la falaise » (2008), Hayao Miyazaki, encore réalisateur sur ce film, avait souhaité que Ghibli sorte deux nouvelles réalisations en deux ans. « Arrietty, le petit monde des chapardeurs » a ainsi débarqué sur grand écran en 2010. Gorō Miyazaki n’avait alors pas souhaité prendre part à ce projet, préférant attendre quelques mois de plus et se lancer sur « La colline aux coquelicots ».

Hayao Miyazaki a impulsé cette politique et a été responsable de deux projets : Arrietty, le petit monde des chapardeurs que j’ai refusé et que Hiromasa Yonebayashi a réalisé, et La Colline aux Coquelicots. Suzuki me l’a proposé et j’ai dit oui. Si j’avais dit non à ce moment là, c’en était fini je pense de ma carrière de réalisateur !

Goro Miyazaki (06/12/2011) – Propos recueillis par Etienne Sorin (Evene)

Le nouveau né du studio japonais est une adaptation d’un manga de Chizuru Takahashi publié dans les années 1980, Hayao Miyazaki aillant produit le scénario avant de le transmettre à son fils afin qu’il réalise le film, pression énorme sur les épaules de son (digne ?) héritier.

Ces deux-là avaient d’ailleurs déjà endossé des rôles similaires en 2006 sur « les contes de Terremer ».

Une histoire qui manque cruellement de saveur

En choisissant de bâtir une histoire à partir du manga original, il était clair que ce long métrage n’allait pas être bourré d’action. Cependant, je trouve dommage qu’Hayao Miyazaki n’ait pas souhaité ajouter un quelconque dynamisme dans ce méli-melo dramatique.

Le « film » nous plonge en 1963, un an avant le début des Jeux Olympique de Tokyo. La colline aux coquelicots, c’est avant tout la rencontre de deux jeunes lycéens du lycée Konan dans la banlieue de Tokyo.

D’un côté Umi, jeune lycéenne ayant perdu son père alors commandant d’un navire durant la guerre de Corée. Parfaite intendante d’une maison qui accueille des pensionnaires afin de glaner quelques yens en fin de mois de manière à subvenir aux besoins de sa famille, Umi est une jeune fille travailleuse. Peu importe le temps, elle hisse tous les matins des pavillons devant la maisonnée en souvenir de son défunt père.
De l’autre côté, Shun, un jeune garçon membre du journal de l’école. Orphelin, il a été élevé par une famille aimante. Impossible pour lui d’imaginer que le foyer du lycée puisse être rasé. Très activiste, il fera entendre sa voix au côté d’Umi pour tenter de préserver ce lieu qui lui est si cher.

C’est grâce à un concours de circonstances que ces deux là feront connaissance : Umi décidera de nettoyer de fond en comble le foyer du lycée, regroupant différents clubs (archéologie, philosophie, journal, etc.), menacé de destruction car devenu trop insalubre.

Ajoutez à cela un soupçon d’histoires de familles mêlant secrets quelques peu dramatiques saupoudrés de bons sentiments et vous obtiendrez la recette de ce kokuriko zaka kara (ou la colline aux coquelicots).

 

Et sous vos yeux ébahis Mesdames et Messieurs ! Lorsque nos espoirs les plus fous s’évanouissent…

Eh bien non, si vous souhaitiez voir apparaître un chat-bus ou un gros monstre poilu sous un parapluie, passez votre chemin et d’après Gorō Miyazaki nous ne sommes pas prêt de revoir un clone de Totoro de sitôt. Point de magie dans ce Ghibli. Néanmoins, on retrouve un peu de fantaisie dans le Quartier Latin (nom du foyer du lycée) qui est un véritable bazar sur plusieurs étages; un lieu fait de bric et de broc accueillant des modules sympathiques comme la cabane du club de philosophie. Pénétrer dans cet environnement c’est un peu entrer dans une grotte magique, où le temps semble s’être arrêté.

Hayao Miyazaki a fait le choix d’ancrer ce film dans la réalité et de laisser les farfadets ou autres monstres volants bienveillants au fond du placard. Faut-il relier cela aux événements tragiques survenus après le 11 mars 2011 ? Cela pourrait paraître étonnant mais Gorō Miyazaki a donné quelques éléments de réponses à cette question en indiquant que les membres du studio Ghibli ne croyait plus en la magie. Pire, il a ajouté qu’il faudrait du temps pour que le studio sorte un nouveau long métrage fantastique.

Avec Arrietty, on avait encore l’envie de raconter une histoire fantastique avec des lutins. Mais, en l’espace d’un an, on n’arrivait plus à croire à la magie… On a commencé à travailler sur La Colline aux Coquelicots avant les événements de Fukushima mais je pense qu’on avait déjà des craintes sur notre société.

Je ne sais pas si les films du studio Ghibli transmettent des messages écologistes. Ils veulent simplement montrer que le Japon a des paysages magnifiques et qu’il faudrait les préserver. Le tsunami est une catastrophe naturelle, mais en ce qui concerne l’accident nucléaire, la responsabilité nous revient : nous avons construit la centrale et nous n’étions pas capables de la contrôler. Nous sommes en plein doute.

Je pense qu’il faudra du temps avant que le studio ne tourne à nouveau un film fantastique

Goro Miyazaki (06/12/2011) – Propos recueillis par Etienne Sorin (Evene)

Ce virage à 360 degrés me parait véritablement étonnant de la part du grand enfant qui se cache derrière le papa de Totoro. Pour tous les fans, Ghibli rime bien souvent avec rêverie.

Lorsqu’on se rend au musée Ghibli à Mitaka, trône fièrement à l’entrée un énorme Totoro. On comprend alors que la visite du lieu sera clairement empreinte de féérie et on n’est pas déçu.

Les goodies de « La colline aux coquelicots » n’appellent pas à la magie c’est certain. A dire vrai, je ne suis tombé sur aucun objet lié au film lors de ma dernière visite au Japon en août dernier. J’y avais d’ailleurs acheté la peluche de Jiji (chat de Kiki) en porte clé. Que retrouverons-nous dans les mois à venir à Mitaka ? Le vélo de Shun ? Une copie du journal du lycée ? Tout cela est bien fade

Les dessins : la précision millimétrique des orfèvres de Ghibli

Comme d’habitude, c’est très beau. Et ce n’est pas parce que c’est récurrent chez Ghibli qu’il ne faut pas souligner ce point.

Ce nouveau long métrage offre des paysages de toute beauté. Dès les premières minutes du film, je me suis laissé happer par ces tableaux impressionnistes.

Les traits et les expressions des personnages sont toujours aussi soignés.

Très vite et fort heureusement, les dessins prennent le pas sur cette histoire assez « nian nian ».

Des musiques qui collent bien à l’histoire

Allez, au risque d’être chauvin, il est évident que ma préférence va vers la voix et la harpe de Cécile Corbel, à l’origine de la B.O. d’Arrietty.

Je serai cependant de mauvaise foi si je ne rendais pas hommage à l’arrangement musical de la Colline aux coquelicots. On ne va pas bouder notre plaisir, si les envolées lyriques de Cécile Corbel correspondaient parfaitement au monde féérique d’Arrietty, Ghibli a fait un travail remarquable sur les thèmes musicaux de son dernier bébé.

En un mot : espoir

Difficile d’avoir un avis objectif.

Si on compare ce long métrage avec les précédentes animations du studio qui comptent tout de même un nombre impressionnants de chefs-d’œuvre, La colline aux coquelicots n’est pas très bon et on serait en droit de se demander quelle direction prend le studio Ghibli.

Néanmoins, il faut savoir apprécier cette histoire en toute simplicité. La colline aux coquelicots délivre avant tout un message d’espoir.

Malgré les drames que chacun peut connaître, restez fort et se battre pour des valeurs auxquelles on croit et se donner les moyens pour parvenir à son objectif semble être les messages véhiculés par ce film d’animation plein de couleurs, qui dispose certes d’une intrigue un peu simpliste mais qui va a le mérite d’aller à l’essentiel, sans longueurs inutiles.

J’attends avec grande impatience la future production du studio qui devrait être une adaptation du conte du coupeur de bambou, tout un programme !

 

 

Fiche détaillée du film

Titre

La colline aux coquelicots

コクリコ坂から

kokuriko zaka kara

Réalisation Gorō Miyazaki
Scénario

Hayao Miyazaki

Keiko Niwa

Sociétés de production Studio Ghibli
Sortie

16 juillet 2011 (Japon)

11 janvier 2012 (France)

Share This

About the author

Editeur du blog de jeux vidéo et cinéma Seyth.com, je partage mes avis sans langue de bois sur cet espace. N'attendez-plus et rejoignez-moi sur Twitter

View all articles by Seyth

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *